Du soutien, des ressources et moins d’élèves par classe


Si l’écrémage de la classe ordinaire au profit du privé et des projets particuliers est considéré aujourd’hui comme « normal », le fait d’y intégrer des élèves ayant des besoins particuliers est présenté comme un acte éducatif incontournable.

La situation est connue et bien documentée. Rappelons quelques faits. En 1999-2000, le nombre d’élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (EHDAA) pour l’ensemble  du réseau (incluant le privé) était de 132 538 sur 1 027 047 élèves. En 2013-2014, il était de 191 749, une croissance d’environ 45 %. Pour le réseau public, cela signifie actuellement un nombre approximatif de 182 229 élèves HDAA sur un total de 869 899 élèves, soit une proportion de 21 %, contre 12 % en 2001-2002. En 2001, les fonctionnaires du Ministère avaient prédit une diminution du nombre d’élèves handicapés. Il a plutôt explosé.

Qu’est-ce qui explique cette augmentation? Autrefois, certains auraient pointé du doigt les élèves en déplorant la présence dans nos classes d’un plus grand nombre de cancres, d’ignorants, de crétins, de nuls, de fainéants et de paresseux. Bien entendu, une telle réaction est inimaginable aujourd’hui.  Quoique….

Les progrès scientifiques et un plus grand soin apporté à la détection de handicaps ou de difficultés chez les élèves sont responsables de cette progression. Citons quelques chiffres : il y a eu progression de 150 à 250 % entre 2001-2002 et 2013-2014, soit de 663 % pour les troubles envahissants du développement, 390 % pour la déficience langagière, 336 % pour les troubles relevant de la psychopathologie, 278 % pour la déficience atypique, 209 % pour la déficience motrice légère ou organique.

Nous devons nous réjouir de cette situation. Avoir détecté ces problèmes est un pas en avant vers la réussite éducative et l’atteinte de leur plein potentiel pour ces élèves. À la condition qu’un autre pas soit franchi, soit de leur fournir les services professionnels et de soutien requis.

Soulignons également que les données sur l’identification des problèmes par les interventions d’autres institutions – les CLSC, par exemple – devraient être transmises aux enseignantes et aux enseignants. À cet égard, la création d’un dossier central pour chaque élève qui permettrait à tous les intervenants de suivre son évolution tout au long de son parcours scolaire serait bénéfique.

La taille de la classe

Dans le document de consultation, il est écrit que « c’est toutefois le personnel offrant des services directs aux jeunes enfants et aux élèves qui a l’effet le plus déterminant sur leur réussite ». Nous sommes heureux de la reconnaissance de notre action auprès des élèves, mais nous voulons pondérer cette affirmation.

L’enseignante et l’enseignant jouent un rôle central, mais à la condition d’agir dans le cadre approprié. Nous venons de souligner le rôle essentiel du soutien des ressources spécialisées. Nous devons également insister sur l’importance de la taille de la classe. Aussi, nous nous inscrivons en faux contre l’idée qui circule présentement dans des publications influentes comme le magazine britannique The Economist, dont on dit qu’il est le livre de chevet de notre premier ministre.

Dans l’éditorial d’un récent numéro (11 juin 2016), The Economist soutient que le nombre d’élèves par classe n’a pas d’importance. Le bon sens populaire et notre expérience témoignent du contraire, tout comme d’importantes études menées sur le sujet aux États-Unis.

Dans une recension d’études sur le sujet intitulée « Does class size matter? », Mme Diane Whitmore Schanzenbach de l’Université Northwestern aux États-Unis soutient que la taille de la classe est une des questions les plus étudiées dans le monde de l’éducation et les recherches les plus rigoureuses démontrent qu’une classe de taille réduite a un impact positif sur la réussite scolaire, plus particulièrement au primaire et dans le cas des élèves venant de milieux désavantagés.

Selon Mme Whitmore Schanzenbach, l’étude la plus probante sur l’impact de la réduction du nombre d’élèves est celle de la Tennessee’s Student Teacher Achievement Ratio (STAR). Pour cette étude, 11 500 élèves et 1 300 enseignants de 79 écoles élémentaires du Tennessee ont été répartis de façon aléatoire dans des classes régulières ou plus petites entre 1985 et 1989.

Les résultats sont sans équivoque possible. Lors de tests d’évaluation en mathématiques et en lecture, les élèves des classes de 13-17 élèves ont mieux performé que ceux des classes de 22-25 élèves. Lorsque ventilés par race (blancs/noirs) ou milieux socio-économiques (aisés/pauvres), les résultats ont aussi montré une réduction des écarts dans les classes ayant moins d’élèves.

Une étude sur les performances des enseignants du programme STAR a aussi révélé qu’un plus petit nombre d’élèves par classe permettait aux enseignants d’utiliser plus efficacement une plus grande variété de stratégies éducatives. Par exemple, ils pouvaient suivre de plus près les progrès de leurs élèves, utiliser une autre stratégie lorsque l’élève ne comprenait pas un concept et maintenir de meilleures relations interpersonnelles avec leurs élèves.

On a aussi réalisé que ces classes avaient un impact positif non seulement sur les tests d’évaluation des élèves, mais également, plus tard, sur la vie de ces élèves, que ce soit le comportement criminel durant l’adolescence, les grossesses d’adolescentes, la réussite au high school et au college, la gestion du budget personnel, le taux de mariage, le lieu de résidence et l’accès à la propriété.

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