L’égalité des chances n’est pas une loterie


Nous publions ci-dessous un premier extrait du Mémoire que le Syndicat de Champlain déposera lors de la consultation du ministre Proulx sur la réussite éducative.

Dès la première ligne du document de consultation Pour une politique de la réussite éducative, on énonce l’objectif de notre système d’éducation: « De l’accès pour tous à la réussite pour tous ». Un objectif fondamental, maintes fois réaffirmé depuis le Rapport Parent. Cependant, dans l’état actuel des choses, nous nous éloignons de cet objectif plutôt que de nous en approcher. La classe ordinaire, régulière, normale est aujourd’hui une vue de l’esprit, tant elle a été cannibalisée par le secteur privé et par l’augmentation phénoménale des projets particuliers dans les écoles publiques.

Aujourd’hui, au secondaire, 20 % des élèves fréquentent l’école privée. À la Commission scolaire des Patriotes, la proportion est de 35,6 % et de 27,6 % à la Commission scolaire Marie-Victorin. Pour mesurer l’ampleur de la saignée, rappelons qu’en 1970-71, cette proportion s’élevait à seulement 5,2 %.

À cela s’ajoute un nombre équivalent d’élèves qui quittent le socle commun – qui regroupait encore la grande majorité de nos enfants il n’y a pas si longtemps – au profit des classes à projet particulier, souvent associées à une forme ou à une autre de sélection. Par conséquent, la moitié des élèves ne se trouve plus dans la classe ordinaire publique !

À ces ponctions, il faut encore soustraire, pour retrouver la définition classique de la classe régulière et normale, un autre 20 % d’élèves HDAA. Certains plaideront pour qu’on retranche également les enfants issus de l’immigration, d’autres les garçons qui rencontrent des problèmes particuliers d’apprentissage; d’autres encore, les enfants de la douance. Finalement, la population normale d’une classe régulière se limiterait à quelques filles !

Bien sûr, nous caricaturons. Mais le portrait que nous venons de tracer n’est pas sans vérités. Et ces vérités commandent, selon nous, un changement complet d’approche. Plutôt que de parler de « difficultés d’adaptation » et de « décrochage scolaire », qui font reposer la responsabilité de la réussite ou de l’échec sur l’élève, il faut inverser la perspective et faire assumer cette responsabilité par l’école et l’ensemble du système scolaire. Plutôt que de parler de « décrochage », il faudrait parler d’« exclusion ». Dans la majorité des cas, ce n’est pas l’élève qui « décroche », c’est le système qui l’« exclut », faute d’avoir pu identifier correctement ses lacunes et lui fournir le soutien spécialisé requis.

Avec les progrès de la recherche scientifique dans le monde de l’éducation, nous pouvons aujourd’hui repérer rapidement les problèmes d’apprentissage, les identifier et apporter les correctifs nécessaires. Les personnes ressources pour ce faire existent ! Encore faut-il les rendre disponibles dans nos classes en soutien aux enseignantes et aux enseignants.

L’égalité des chances, un beau concept, mais…

L’égalité des chances est un beau concept. Mais il y a deux façons de la concevoir. La première veut que tout enfant, quelle que soit son origine sociale, s’il en a les capacités intellectuelles et fait preuve d’ardeur au travail, puisse s’élever dans l’échelle sociale. Une deuxième conception envisage d’offrir à tous d’égales possibilités de développement, d’accès à la réussite éducative qui, comme cela est défini dans le document de consultation, « va au-delà de la diplomation et de la qualification en tenant compte de l’atteinte du plein potentiel de la personne dans ses dimensions intellectuelles, affectives, sociales et physiques ».

Cette conception démocratique de l’enseignement ne privilégie pas la sélection des plus doués ou des mieux nantis, qui les éloigne des autres élèves, mais une élévation sensible et continue du niveau culturel de l’ensemble de la population. C’est ainsi que nous comprenons l’objectif « de l’accès pour tous à la réussite pour tous ».

La présence du privé a des répercussions sur l’offre de projets particuliers dans les écoles publiques. Des études ont démontré qu’une présence plus importante d’écoles privées sur le territoire d’une commission scolaire tend à stimuler la création de projets particuliers.

Cependant, nous comprenons l’intérêt des projets particuliers pour les élèves, les parents et le personnel enseignant. Nous croyons même que tous les élèves devraient y avoir droit. Ce que nous rejetons, c’est la sélection des élèves qui écrèment à leur tour, après le privé, les classes ordinaires.

L’anglais intensif en 6e année

Cependant, parmi tous les projets particuliers, il en est un cependant qui pose problème. C’est celui de l’anglais intensif en 6e année. Concentrer le programme pendant cinq mois pour libérer les cinq autres mois pour l’enseignement de l’anglais intensif n’est pas à la portée de tous les élèves. Le caractère élitiste du programme a donc pour effet d’écrémer la classe ordinaire d’à côté de ses meilleurs élèves.

De façon pratique, la volonté d’étendre le programme à l’ensemble du réseau se bute à un obstacle de taille dans les milieux où il n’y a qu’une ou deux classes de 6e année ou des classes multi-âges.

Enfin, avant d’étendre l’anglais intensif en 6e année à l’ensemble du réseau, il faudrait faire le bilan des expériences en cours.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s